de mes rêves... à mes ailes...

06 octobre 2010

corbeille vermeille

Fleurtant avec le raisin vermeil

Notre petite abeille

A mis avec son miel

Un rayon de soleil

Au fond de notre corbeille...

 

Ln des Landes

La_corbeille_de_raisins_bois_45x65cm_426

Posté par seuleseulesseule à 15:13 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


corbeille vermeille

Fleurtant avec le raisin vermeil

Notre petite abeille

A mis avec son miel

Un rayon de soleil

Au fond de notre corbeille...

 

Ln des Landes

La_corbeille_de_raisins_bois_45x65cm_426

Posté par seuleseulesseule à 15:13 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

converses...

Ces chaussures sur mes pieds

Me rendent fou à lier

Elles me racontent

Love Story

Elles me chantent

West Side Story

"Maria, Maria, Maria..."

Ah ! que j'aime ça !

Elles me transforment en James Dean

En complétant mes jean's

Je redevient le petit enfant

Courant après son gros chien blanc.

Ln des Landes

061020101728

Posté par seuleseulesseule à 14:50 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Puma

Puma

Emmène-moi là-bas

Joue les bottes de sept lieues

Pour un caïd des banlieues

Transforme-moi en courant d'air

Ou en prince des airs

Quand tu bouges

Je quitte ce bouge

Puma joli félin

Sans dessein

Trace mon destin

Et en rouge et blanc

Ferme le ban !

pisa2

Posté par seuleseulesseule à 13:55 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

29 septembre 2010

l'enfant au rosier

Helene Cremieux

Parcourir les articles

Abonnement

Modifier

l'enfant au rosier

par Helene Cremieux, mardi 28 septembre 2010, à 17:21

Réponse à un

 

Il ne faisait beau et chaud que depuis deux jours comme si la météo avait attendu que les enfants soient enfin réellement en vacances pour se faire clémente.

Enfin seule avec ma montagne de copies du bac à corriger je décidai de m'installer dans le jardin à l'abri de notre tonnelle de glycine et de jasmin que je laissais m'enivrer par leur odeur entêtante.

Je m'étais préparée une grosse théière de mon thé préféré directement importé d'Orient à la rose et au jasmin, pour me donner du coeur à l'ouvrage qui me paraissait en cette matinée ensoleillée comme une véritable torture et j'aurais bien tout balancé pour rejoindre enfant et mari au bord de l'Océan. Mais le devoir passait avant la récompense.

On nous avait bien sermonnés : tenez compte des idées et de la capacité de l'élève à traduire par écrit ses idées et à les formuler selon les codes établis et surtout de ne pas trop tenir compte des éventuelles fautes de français justement parce que nous n'étions pas professeurs de français mais de philosophie.

Je m'appliquai donc, stylo vert pour l'orthographe, bleu pour souligner les bons passages et rouge pour les erreurs grossières.

- Madame votre rosier végète !

Surprise je levai la tête et regardai autour de moi mais non ! J'avais du rêver.

- Madame votre rosier végète !

Cette fois je me levai et découvris un petit garçon aux culottes de flanelle et chemise blanche, plutôt mal peigné, assis sur les talons, les mains sur ses genoux, le menton posé dessus, observant en silence le seul rosier de notre jardin.

Cadeau de ma belle-mère, mon homme l'avait consciencieusement planté de façon à ce qu'il soit visible des fenêtres en prévision des éventuelles visite de l'auteur de ses jours. Nous l'avions oublié dès le lendemain et depuis trois ans, il survivait cahin caha.

- Mais tu sors d'où toi ?

- Je ne comprends pas ! Pourtant tout le reste de votre jardin n'est que verdure resplendissante de vie. Je ne comprends pas !

- Bonjour jeune homme !

- Jeune homme ? Ah oui ! bonjour madame. Vous avez un bien beau jardin. Il me sourit et j'eus l'impression qu'un léger souffle d'air chaude venait de me passer dans le cou comme une douce caresse. J'espère que nous ne vous avons pas fait trop peur mon escorte et moi.

- Ton escorte mon enfant ?

Mes yeux fouillèrent les sous-bois tous proches à la recherche d'éventuels hommes en armes et en armures.

- Ma panthère : Stiva ! Où es-tu encore petite coquine ?

Du bosquet voisin apparut alors l'animal, marchant en silence, plus noire que la nuit, des crocs blancs et luisants comme des pics de glaces au coeur d'un foyer de braise, s'avança vers moi. Terrorisée je n'osai bouger. Lentement, feulant faiblement elle me renifla en me tournant autour puis se frotta à moi comme un gros chat l'aurait fait à sa maîtresse quémandant quelques caresses. Sans que je ne puis m'en empêcher mes doigts glissèrent sur ce pelage plus doux que de la soie.

- Et vous venez d'où comme ça ?

- Oh ! mes parents ont loué une maison pour quelques semaines. Ma mère passe son temps à chanter des airs d'opéra devant son minuscule bac de plantes aromatiques en espérant les voir grandir et mon père passe son temps à lire au creux de son fauteuil, alors je me promène.

La grosse bête alla s'asseoir à ses pieds sa tête exactement à la même hauteur que le petit visage brun de l'enfant qu'elle nettoya d'une coup de langue amical. Son rire cristallin explosa dans le silence de mon boudoir végétal.

Bien que nous soyons déjà en début de saison touristique où la population de notre village passait de 500 âmes à plus de 5000 cela m'intrigua de ne pas avoir entendu parler d'eux. Un tel couple ne devant pas facilement passer inaperçu.

- Et tu t'appelles comment ? Tu as quel âge ?

- Terence madame pour vous servir, quant à mon âge, je ne m'en souviens jamais, mais cela a-t-il vraiment de l'importance ? Il me sourit à nouveau. Ses yeux semblait du même or pur que ceux de son gros chat. Madame sachez que vous êtes très jolie, mille fois plus que vos deux voisines et bien plus gentilles.

Il se tourna alors vers le rosier sur les épines duquel il laissa glisser ses doigts puis partit en courant vers le portail. Curieuse de voir la réaction des gens de la rue devant cet équipage, je les suivis. Mais lorsque j'arrivai sur le trottoir, ne s'étendait devant moi que la cohue habituelle des touristes se dépêchant vers la plage ou baguenaudant devant les divers chalands de saison.

 

 

Je sursautai lorsque Pierre posa sa main sur mon épaule.

- Bonsoir mon amour. Nos deux enfants sont couchés et tu devrais faire de même car tu sembles épuisée. As-tu passé un bonne journée ? Es-tu au courant de ce qu'il s'est passé dans la maison d'à côté ? Je secouai la tête, arrivant avec mal à émerger de mon rêve. Nos deux désagréables voisines ont semble-t-il été égorgées. Les seules traces laissées par leurs agresseurs seraient celles d'un enfant d'une dizaine années et d'un gros chat. Certains parlent même de vampires. Bizarre, non?

Pourquoi donc mes yeux alors ne purent se décrocher d'une petite goutte de sang écarlate aux reflets dorés sur une des épines du rosier qui semblait avoir doublé de volume et présentait des fleurs d'une taille extraordinaire.

 

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 03:31 - nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


16 septembre 2010

mirage

Mirage Oh petit mirage !
Tu n'es pas très sage
A saute-mouton
Tu joues dans les nuages
Mirage Oh mon mirage !
Tu tournes en rond
Petit poisson
Bordé d'écume
Tu es l'amant et la muse de ma plume !

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 12:39 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

lavie en rose

Une fois de plus ce que je vois en premier, en me réveillant, c'est le tatouage au creux de son cou. Comme d'habitude, je ne peux m'empêcher de le caresser, de l'embrasser bref de la réveiller et ce qui suit n'est pas d'à propos ici. Enfin voilà !

Dans quinze jours c'est son anniversaire et je ne sais pas quoi lui offrir. Un bijou encore ? Non j'en ai marre qu'elle ne les porte pas. Un parfum ? Elle a le sien propre, unique que je reconnaîtrai même lorsque je serai mort. Un livre ? Non, elle se les achète elle-même et nous n'avons pas les même goûts littéraires. Un vêtement ? Non, je la préfère toute nue et puis elle ne porte que les miens... autant en acheter pour moi...

Mais ce matin là, ce petit tatouage, héritage ou plutôt souvenir d'un temps où nous nous étions perdus de vus et représentant tout son amour pour moi, m'inspire. Et si je lui offrais un tatouage ? Mais sur moi cette fois. Un tatouage qu'elle découvrirait le soir de son anniversaire comme un cadeau que l'on déballe. Cette idée me plaît. Non pas que je sois fan de ce genre d'art. De plus le grand mâle macho que je suis, n'aime pas souffrir et j'avoue avoir un peu peur. Et puis que vais-je me faire dessiner sur la peau. Une lettre comme elle ? Sympa et efficace ? Non trop sérieux, pas assez romantique pour moi.



Depuis deux jours, je suis de l'autre coté de la France et je ne la reverrai que le jour de son anniversaire. Au téléphone, je lui annonce que je lui rapporterai un cadeau très spécial. Elle veut savoir quoi et me starquizze quelques temps puis change de sujet. Je sais qu'à chaque fois que nous nous reparlerons au téléphone elle essayera de savoir. L'idée qu'elle cherche m'amuse, sa surprise n'en sera que plus grande.



J'ai repéré LE magasin. C'est un collègue qui s'y ait fait tatoué un aigle immense qui me l'a indiqué après m'avoir montré l'oeuvre d'art qui lui tient tout le dos. Un aigle royal, les ailes à moitié ouvertes sur fond de drapeau américain. Je m'extasie hypocritement devant ce qui me semble être une stupidité sans nom. Enfin c'est son corps pas le mien.



- Bonjour ! Que puis-je pour vous ?

- Bonjour ! J'aimerai me faire tatouer.

L'homme sourit. Il en a le droit, je ne dois avoir l'air stupide de dire ça en entrant dans cet atelier spécialement consacré à ça. Enfin !

Je lui explique le genre de dessin que je désire. Il me questionne sur mes motivations et me répète plusieurs fois qu'un tatouage cela ne peut s'enlever qu'avec une opération chirurgicale. Je ne le sais que trop. Mais bon le tatouage que je veux, fera au maximum dix centimètres. J'hésite sur l'emplacement. C'est vrai que sa grande visibilité m'ennuie. Il me propose de me le faire sur la fesse. Hum... non, merci !

Il me demande de me mettre torse nu et sans hésiter me montre mes biceps. Là, à droite ou à gauche. Je choisis à gauche étant du côté du coeur.

Moi, je pensais juste au dessus du coeur, sur la poitrine...

- Non, là cela ferait décoration militaire, médaillé du champs d'honneur. Ce n'est pas votre style. Trop ostentatoire. Le biceps je vous dis.

Je me rends à ses arguments. Il me donne rendez-vous deux jours plus tard, il veut que j'ai le temps de réfléchir et de bien faire mûrir ma décision. Je le trouve très professionnel, j'apprécie.

Les deux jours passent. Me voilà assis sur son fauteuil qui ressemble à celui d'un dentiste.  Il est très confortable, on y piquerait volontiers un petit somme mais la brûlure des aiguilles dans la chair m'en empêcheraient à coup sûr. C'est parti, je souffre en silence, je m'efforce même de sourire, de blaguer avec lui.

Pendant qu'il travaille, trois jeunes femmes entrent dans la partie boutique, il m'abandonne momentanément pour les renseigner. Un papillon au creux des reins pour l'une, une chaîne autour d'une cheville pour l'autre et une petite araignée entre les omoplates pour la troisième. Je me dis que j'ai la chance que Catherine n'ait pas eut cette idée stupide, je l'aurais forcé à porter des teeshirts pour dormir.

- Ce n'est pas beau les araignées, pourquoi pas une rose à la place ? Ou un petit dragon ?

Ils sont tous les quatre surpris de m'entendre. Les trois filles discutent entre elles en me regardant. En face de moi, une horloge avec une super harley affiche un temps qui passe et je commence à avoir hâte de m'en aller. Les filles demandent à pouvoir le regarder travailler, il me demande mon accord. Je le lui donne. Bientôt il me laisse partir. Le tatouage n'est pas fini. Il ne m'a fait que les contours. Demain soir il le remplira et le colorera. Les filles sont toujours là, je leur propose d'aller boire un verre. Malheureusement elle sont toutes mineures. Ce soir je dormirai seul dans ma chambre d'hôtel.



La moto à peine garée au pied du chalet je vois l'astre qui illumine mes jours s'approcher. Il est déjà très tard, ils sont déjà à table. Elle commençait à s'inquiéter. Bien sûr c'est un repas de fête. Ses parents sont là pour l'occasion et c'est son père qui s'est chargé du gâteau : un gros vacherin comme elle aime. Il a écrit dessus son âge en macaron en forme de quatre et de zéro. Elle minaude et râle pour le principe. On affiche pas ainsi l'âge d'une femme. Je lui dis qu'elle ne les fait pas de toute façon.  Elle est à mes yeux et aux yeux de beaucoup d'hommes que je vois souvent se retourner sur son passage aussi belle qu'à ses vingt ans. Je suis toujours aussi amoureux d'elle.

- Oh bonhomme et il est où le cadeau pour ta femme ?

- Papa ! C'est le cadeau d'un mari à sa femme, je le lui offrirai lorsque nous serons seuls tous les deux.

Quelques murmures s'élèvent. Je me demande ce qu'ils s'imaginent mais en fait je préfère ne pas savoir. Elle me sourit.

- Alors j'ai hâte d'être à tout à l'heure.

La soirée se prolonge. Il fait chaud dans le salon, en temps normal je serais déjà en teeshirt mais stoïque j'attends.

Les enfants sont couchés, je débarrasse les bouteilles de champagne, elle met en route le lave-vaisselle puis m'entoure de ses bras, collée à mon dos.

- Et si nous montions déballer mon cadeau ?

- Tu es sûre que tu en as envie ? Tu sais que ce n'est qu'une bêtise.

- J'aime tes bêtises. Enfin pas toutes mais celles que tu réserves à notre usage unique ont ma préférence.

Je retarde l'échéance en l'embrassant longuement au milieu de cette cuisine froide que j'ai plongé dans l'obscurité. Elle frissonne, se dégage et me tenant par la main m'entraîne vers les escaliers.

- Bonne nuit !

A leur habitude, Richard et son père sont les derniers levés, fumant une ultime pipe devant une partie d'échec.



- Bon alors ce cadeau ? Il est où ?

- Sur moi, à toi de le trouver.

Ses mains plongent dans mes poches et les vident.

- Il n'y a rien.

- J'ai dis sur moi, pas dans mes vêtements.

- Oh !

L'effeuillage commence. Ce qui m'amuse et m'arrange, c'est qu'elle commence par le bas. Lorsqu'enfin elle m'ôte le teeshirt je la sens déçue de n'avoir rien trouvé puis ses yeux découvrent l'objet de ses recherches. Ses doigts le caressent doucement, ses  lèvres le parcourent et l'embrassent.

- Oh que c'est joli, voilà un bijou que je montrerai avec fierté. Mais pourquoi une fleur ?

- Pas n'importe laquelle ! Le message qu'elle te délivre c'est qu'avec toi je vois la vie en rose !

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 12:13 - roman - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

08 juin 2010

héliciculteur

J'ai trente ans.

Je viens de réaliser que le temps a passé avec la force et la vitesse d'une tornade, emportant tout avec lui, et surtout mes peurs et angoisses d'enfant.



Depuis déjà un mois me voilà de retour dans mon village d'origine, posant au hasard d'une mutation, momentanément mes valises au sein de la maison familiale où déjà plus de six génération de vrais landais se sont succédés. Et j'en suis l'avant dernier représentant et avais bien failli en être le dernier .



La semaine dernière en passant devant l'hôpital Layné au centre de Mont de Marsan, mon coeur s'était arrêté. Enfin pas vraiment puisque je suis encore là pour vous le raconter. Ma fille assise à côté de moi s'est inquiétée en me voyant blanchir d'un coup.

- Papa qu'est-ce qui t'arrive ?

- Tu vois ce bâtiment, juste derrière cette grande cheminée de briques rouges ?

- Oui et alors ? C'est l'hôpital où Papé est mort c'est ça ? Et où tu n'as pas voulu  venir ?

- Oui parce qu'il y a vingt de ça, un médecin en blouse blanche a dit à la maman d'un petit garçon de dix ans qu'il n'avait plus qu'un mois à vivre. Et ce petit garçon l'a entendu. Et tu sais c'est terrible d'entendre ça !

- C'était toi ce petit garçon ?

- Oui.

Elle voulut bien sûr que je lui raconte toute mon histoire mais je réussis à lui faire patienter jusqu'au soir et là et bien, j'ai honte à le dire mais je me suis défilé, je n'ai pas pu. Oh elle a dû m'en vouloir mais ma femme lui a sûrement raconté à ma place car elle ne m'en a plus parlé.

Nous étions en période de fêtes de Noël et à la base, ils demandaient des volontaires pour une visite aux enfants hospitalisés. Il n'y eut pas assez de volontaires donc une fois de plus ce furent des volontaires d'office qui furent désignés et étant l'un des derniers arrivés, j'en fis parti et là pas moyen cette fois de me défiler.



Les enfants nous attendaient avec impatience dans la vaste salle leur servant autant pour la classe que pour leurs jeux. J'avais du mal à avancer. Cela avait changé mais si peu. La couleur des murs, certains dessins. J'y étais si peu venus moi-même.

D'abord intimidés, bientôt certains de ces enfants s'assirent sur nos genoux, une petite fille nous offrit des dessins à chacun. Elle traînait derrière elle une hampe avec des poches de perfusion, sa maigreur me faisait peur, avais-je été si maigre ?

Une infirmière nous attira mes trois collègues masculins et moi un peu à l'écart.

- Messieurs j'aurais besoin de l'un de vous pour aller voir un garçon qui n'a pas pu se déplacer. Mais attention vous ne pourrez lui parler qu'à travers une vitre, il vient de subir une greffe du dernier espoir mais malheureusement celle-là ne semble pas avoir prise.

- Je veux bien.

Ma voix me surprit. Etait-ce bien moi qui venait d'accepter ?



- Hello boy !

- Salut !

Il tourna la tête vers moi. Un petit visage aussi blanc que l'oreiller sur lequel il reposait. Des yeux bleus aussi clairs que les miens pouvaient être noirs. Ce que j'y lu ce fut le renoncement.

- L'infirmière là-bas m'a dit que le moral n'était pas au top.

- Elle voudrait quoi que je saute de joie ? De toute façon, je ne pourrais pas. Plus la force. Hier le toubib m'a annoncé que la greffe avait foiré, que tout était à recommencé, trois fois déjà, j'en peux plus, je veux qu'ils arrêtent.

- Non tu ne dois jamais renoncer. J'ai été à ta place il y a vingt ans, la même chambre, le même lit et tu vois, je suis là. Moi aussi j'ai compté les jours après les greffes mais jamais, jamais, je n'ai voulu renoncer.

Il se redressa légèrement sur un coude puis se laissa retomber.

- Je ne te crois pas.

- Tu demanderas aux infirmières, il doit y avoir des archives et peut-être l'une d'elles se souviendra d'un petit Arnaud qui a pleuré pendant des jours et des nuits parce que sa maman lui manquait. J'avais dix ans.

- Moi j'en ai quinze depuis une semaine et ça fait deux ans que je suis là. Tu as eu du cul, moi, je n'en aurais pas.

Il ne me regardait déjà plus. Je continuai à lui parler, je lui racontai les souvenirs qui remontaient à la surface. Bientôt moi-même, je ne le regardais plus ou plus exactement je ne le voyais plus. C'était moi que je voyais à sa place. Je me vis ce soir de Noël découvrant mes cadeaux sous les yeux de mes parents séparés par cette maudite vitre. J'avais voulu des maquettes pour passer le temps. Que les infirmières avaient fait tremper intégralement dans de l'alcool avant de me les faire passer. Du mode d'emploi que mes parents avait fait plastifier pour qu'il puisse être désinfecté lui aussi. Je l'ai retrouvé au fond du grenier à la mort de mon père lorsque nous avions vidé la maison. Ces avions qui une fois construits, ont longuement volé à travers mon imagination et me permettaient de m'échapper de mon aquarium.

- Ah toi aussi tu appelais cette chambre ton aquarium ?

- Heu oui.

Je lui souris. Il se mit à m'interroger sur ma leucémie, sur mes greffes, mes rechutes puis ma guérison. Je vis une lueur s'allumer dans ses yeux et un maigre sourire naître sur ses lèvres fines.

Une main se posa sur mon épaule.

- Arnaud nous y allons.

- Ok ! Je reste, je n'ai pas fini.

Ma collègue ne me répondit rien et s'éloigna son regard fixant le sol. C'est en voyant l'infirmière se préparer dans le sas de la chambre pour entrer lui apporter son plateau repas que je réalisai depuis combien de temps je parlais avec lui. Je ne le regrettai pas.

- Fabien je vais devoir te quitter mais je reviendrai, je te le promets. Tiens juste comme ça tu veux faire quoi plus tard ?

- J'aimerai devenir héliciculteur.

- Chouette fun comme métier. A plus garçon.

En passant devant le box des infirmières je m'arrêtai.

- Vous saviez qu'il voulait devenir héliciculteur ?

- Heu non. C'est quoi cette bête ?

- Et bien je ne sais pas non plus. Tenez, donnez lui ça de ma part.

Je déposai dans la main de l'infirmière mon insigne de pilote. Elle sourit.

- Je le fais stériliser et je le lui donne. Au fait je vous ai entendu, c'est vrai tout ce que vous lui avez raconté ?

- Oui. J'ai vécu deux ans enfermé à sa place.

A peine sorti de l'hôpital j'appelai ma femme et lui demandai de venir ma chercher. Incapable de rester immobile, j'avais fait à pied la moitié du chemin avant qu'elle n'arrive.

- Bonsoir mon amour. Tu sais toi ce que c'est un héliciculteur ?

- Oui un éleveur d'escargot, pourquoi ?

- Un gamin qui m'a dit vouloir faire ça plus tard.

Noël serait là dans dix jours. La vie, ma vie m'emporta de nouveau dans son tourbillon.

Le 25 au matin lorsque mes gamins eurent chacun déserté le salon pour sa chambre, je délaissai mon foyer pour diriger mes pas vers l'hôpital. Dans le coffre de ma voiture, un gros carton.

L'infirmière fut surprise de me revoir.

- Oh c'est quoi ce carton ?

- Du travail pour vous !

Elle sourit, amusée.

- Vous trouvez que l'on en a pas assez ?

- Celui là je sais que vous serez d'accord pour le faire, c'est un cadeau à faire stériliser pour Fabien. Voyez je l'ai laissé en plusieurs parties ce sera plus aisé pour vous. Je commençai à sortir l'aquarium, le sac de terre, les graines de laitue et de batavia et les précieux oeufs d'escargots que j'avais eu tant de mal à trouver. Mais dans mon plaisir je n'avais pas fait attention au mouvement de recul qu'elle avait eu.

- Mon capitaine, Fabien …

- Oui Fabien.  Je réalisai alors sa main sur mon bras, son regard triste. Elle n'eut pas besoin d'en dire plus, j'avais compris. Non ! Non ! Ce n'est pas possible quand ? Et  moi qui ne suis pas revenu...

Je remettais tout dans le carton lorsqu'elle m'arrêta.

- Si vous êtes d'accord, laissez-le nous pour les autres enfants. Ils seront ravis. Nous les appelleront les Fabiens en son souvenir.

Je crois que peu de morts m'ont autant marqué que celle-ci.

Neuf moi plus tard nous offrîmes une petite soeur aux deux grandes et nous l'appelâmes Fabienne !





Ce pilote existe vraiment... il n'a plus trente ans et n'est pas landais, mais ses récits m'ont beaucoup inspirée...

Posté par seuleseulesseule à 17:18 - nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

30 avril 2010

le ballon rouge

Le ballon rouge



La tête posée sur mes bras croisés, les pieds écartés bien à plat sur le sol, je me laissais bercer, porter par le gros ballon rouge que Richard avait gonflé au milieu de la pelouse.

Je m'étais levé tard à mon habitude, je me retrouvais seul, les autres étaient tous partis ou vaquaient ailleurs à diverses activités. D'humeur mélancolique, je rêvais au soleil.

D'un mètre de diamètre, le ballon sentait le caoutchouc chaud, la terre et l'herbe coupée. Entre le soleil qui dorait mon dos nu et lui chaudement moelleux je m'imaginais des rêves de désert, de voyage à dos de chameaux. J'étais un méhariste perdu, en proie à des mirages.

Une main vint me plaquer le visage contre la surface chaude. Je tressaillis mais ne réagis pas. Large et chaude elle aussi, sa paume bloquait ma nuque. Je fus tenté de mordre le doigt que je sentais sur ma joue.

- Qu'a-t-il fait encore ? Veux-tu une bonne ceinture en cuir Rémy ?

Je laissais pendre mes bras le long du gros corps ventru du ballon en signe de soumission. Je n'ouvris pas les yeux, je n'avais pas peur. Je savais que je ne risquais rien. C'eût été mon père, je me serait débattu, j'aurais essayé de me dégager, en proie à une peur panique.

- Je ne lui fais apparemment pas très peur.   Il me lâcha. Je levais mon visage vers lui avec l'intention de lui sourire mais le soleil m'éblouit et je le résultat fut une abominable grimace.  Qu'est-ce qui t'arrive garçon pour ne pas être plongé au coeur d'un de tes livres ? Aurais-tu déjà lus tous ceux de la bibliothèque du chalet ? Serais-tu malade ? Ou est-ce l'absence des filles qui te rend triste ? Si c'est cela, ne t'inquiète pas, elles seront bien assez tôt de retour pour que vous puissiez reprendre vos continuelles disputes.

Je secouai la tête. Je ne savais que répondre. Peut-être la grosse chaleur, peut-être mes dernières lectures qui avaient remplient mon âme de destinations lointaines et d'horizons exotiques.

Les trois hommes s'éloignaient déjà vers la maison quand mût par une envie soudaine, je saisis la grosse boule chaude et la projetai dans leur direction. Papy toujours à me surveiller, peut-être plus familier que les deux autres aux soudaines idées bizarres qui peuvent traverser l'esprit d'un ado, s'écarta à temps mais Rémy prit le ballon dans le dos. Richard se mit à rire, récupéra le ballon et me le renvoya. Rémy quant à lui un peu vexé, me courut après me menaçant des pires représailles.

Le break contenant toutes les femmes de la maison fut accueillit par un jet d'eau issu du tuyau d'arrosage dont je me servais pour me défendre contre les attaques de Richard et Rémy. Malheureusement pour Sylvie, elle ne l'avait pas prévu et s'en sortit trempée ce qui me valut huit adversaires de plus.

Envolée ma brusque mélancolie.

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 11:43 - nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

29 avril 2010

Le MAL

Cloaque funeste
Relent de peste
J'irradie la douleur
J'ensemence le malheur
Lentement j'avance
Lentement je m'élance
Longuement je m'étends
Longuement je me répands
Nul havre de paix
Chacun en est le relais
Poison délétère
Menace que tout réitère
Un animal immonde
Dévorant le Monde.

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 09:39 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

odeur de peur

J'enterre mon coeur
J'enterre ma rancoeur
Vie sans valeur
Je la laisse sans heur
Je deviens conspirateur
Expirant avec ardeur
L'empreinte de la peur
Onctueuse sueur
A la suave odeur .

O

Posté par seuleseulesseule à 09:34 - poemes ailés - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

la vie à crédit !

Je suis maudit
je vis à crédit
Pour ce don  de vie
Je n'avais pas lu le devis
C'est cash et sans condition
Mais je casse la malédiction
Je refuse la dette
Même si je dois prendre perpette...

R.W

Posté par seuleseulesseule à 09:03 - poemes ailés - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

26 avril 2010

Je te renvoie à Caliste

Illustre non inconnue
Au petit coeur d'ingénue
Que vas-tu encore imaginer ?
Pourquoi continuer à me dessiner ?
Ne trouves-tu d'autres modèles ?
A ton coeur plus fidèle ?
Hé ! Toi ! L'artiste !
Je te renvoie à Caliste
La femme est à l'esthétique
L'homme à la trique
Je ne veux détruire tes rêves
Simplement une trêve
Pour apaiser ma vue
Blessée par tes dessins trop crus
Qui damnent les yeux des damoiselles
Rêvant de ne plus être pucelles
Et choquent ceux des damoiseaux
Effrayés par ce bel oiseau.
Quoique nous ayons fait
C'est devenu pour moi un méfait
Qui me remplit de regrets
Et je te serai gré
De voir en moi ton admirateur
Et non comme ton démonstrateur !

R.W









Posté par seuleseulesseule à 08:46 - poemes ailés - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

l'andouiller

Je n'ai pas revu mon andouiller
Pas revu ce fier cavalier
J'aurais voulu le caresser
J'aurais voulu sans le blesser
Sans lui ôter sa liberté
J'aurais tant voulu le flatter
Avec lui me lier d'amitié !

32_brocard_1

Posté par seuleseulesseule à 08:25 - poemes - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

25 avril 2010

guerre du feu

La guerre.... du feu...


La guerre n'est pas un jeu
On s'y fait descendre
Transformer en cendres

Souvent volcanique

Pour le plus archaïque

Le culte des éclairs et du tonnerre

Âge du début de la Terre

Âge des plus délétère

Aujourd'hui guerre de l'eau
Ou guerre du pétrole
Ce n'est pas plus beau
Ni plus drôle...

Si j'ai un jour embrassé le canon
J'ai aussi su dire non

Certains aiment la Paix
Et d'autres de la Guerre les faits

Aux deux je ne peux que leur souhaiter
De ne pas y oublier leur Liberté...

Helene des Landes

Posté par seuleseulesseule à 12:29 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

22 avril 2010

poussières de cendres

J'étouffe. J'ai du mal à bouger mes bras. Un poids pèse sur ma poitrine. Lentement je ramène mes mains vers moi. Je ne sais plus où je suis. Il fait nuit autour de moi. Au loin un bruit sourd me fait trembler : ça recommence ! Une peur panique m'envahit, j'ai envie de hurler. Je me mords la lèvre. Je dois me contenir et réfléchir. Que s'est-il donc passé ?
Un cri juste à côté de moi me fait sursauter.
- Au secours ! Il y a quelqu'un ? Oh ! répondez-moi !
J'ai envie de crier aussi, d'appeler moi aussi au secours. La voix se répète, on y sent derrière comme un sanglot pourtant c'est la voix d'un homme.
- Tu es où ? Je me secoue, j'essaye de me débarrasser de toute cette poussière qui me recouvre. J'ai l'impression d'avoir été roué de coups mais je dois être entier et n'avoir rien de cassé. Le reste est sans importance. Ohé ? Réponds-moi ! Tu es où mon gars ?
- Ici ! Putain que ça fait du bien d'entendre une voix humaine. Tu viens d'où, mec ?
- De nul part ! Je crois que j'ai été assommé. Continue à parler, j'arrive.
Du moins j'essaye de me déplacer. Je ne peux pas me mettre debout. Je dois ramper, me glisser avec angoisse entre deux pans de ce qui me semble être du béton. Un bout de ferraille me déchire le flanc. Je ne peux contenir un juron. Enfin ma main rentre en contact avec ce qui me semble un corps humain.
- ça y est je t'ai trouvé !
- Non mec, tu dois te planter. Mes mains explorent, un corps d'homme à moitié nu, un torse sur lequel je sens le contact poisseux du sang, un cou, un visage, une bouche qui me parle. Hé mec, pourquoi je ne t'ai pas senti avant ? Aide-moi à me dégager, j'ai les bras et les jambes coincés. Tu vas me sortir de là, hein mec ? Tu ne m'abandonnes pas, ok ?
- Non mon gars je ne te laisse pas, mais faut que je trouve une sortie et quelqu'un pour m'aider à enlever le béton qui te bloque, ok ? Après je reviens te chercher.
- NON ! Où es-tu ?
Ses cris résonnent. J'ai envie de me boucher les oreilles. Un autre corps. Pour celui-là plus rien à faire. La mémoire me revient. Un coup de massue ne me mettrait pas plus KO. Je suis au Liban, j'y suis seulement depuis hier. Je suis franchement maudit et en même temps, j'ai une chance de pendu. Je suis coincé, il n'y a pas d'issue. Je décide de retourner auprès du blessé. Ses cris sont moins forts, il s'épuise. J'ai peur qu'il ne survive pas longtemps. Mes doigts effleurent son visage baigné de larmes.
- C'est bon mon vieux, je suis là.
- Tu ne me quittes plus. Alors tu as trouvé ?
- Ouaip, j'ai pris contact avec ceux de dehors, ils se battent pour nous sortir de là. Il ne dit plus rien, cette fois c'est moi qui m'affole. Oh mec, réponds !
- Oui oui, je suis là. J'ai discerné un soupçon de joie dans sa voix. Tu te fais du soucis pour moi ?
- Bin oui. C'est con, hein ? Un abruti comme toi ou moi ça a la croûte dure pas vrai ? C'est quoi ton nom ?
La voix de Gaël devient de plus en plus faible. Quand il se taira, j'aurai l'impression d'avoir perdu une partie de moi-même. Je me mettrai alors à hurler. Je ne m'arrêterai que lorsque ma langue me semblera avoir gonflé à m'empêcher d'avaler ma salive qui a un goût de cendres et de sang. J'ai perdu la notion de temps, j'ai froid et maintenant j'ai peur moi aussi. Je n'ose pas bouger. Peur de rentrer en contact avec ces morts qui m'entourent qui maintenant me remplissent de terreur. J'essaye de me rasséréner tout seul mais plus j'essaye de me morigéner, plus d'autres visions, d'autres pensées apocalyptiques viennent peupler mon esprit. J'ai faim et soif. J'ai froid. Je grelotte. Roulé en boule j'essaie de dormir. Je me suis recouvert de poussière de cendres pour me tenir chaud, misérable couverture. Je suis devenu un animal qui se creuse un nid ridicule. Où est passé l'humain ? Je n'en suis plus un, plus qu'un paquet de nerfs que le moindre bruit, le plus léger, fait se redresser. Mais rien ou alors très très loin. J'étais au sous-sol. Et l'immeuble comportait au moins quatre étages. Quatre étages de béton à dégager avant qu'ils n'arrivent jusqu'à moi, s'ils ne décident pas d'abandonner avant.
Je délire. J'ouvre la bouche et aspire goulûment l'eau qui me coule sur le visage. Ce n'étais qu'un rêve et j'ai maintenant la bouche encore plus pâteuse de la poussière que je viens d'avaler. Je tousse, j'étouffe !
Je sens des mains se saisir de moi. J' ouvre les yeux.
- Les Lumières ! Éteignez les projos ! Ça va mon gars tu es sauvé !
Je souris. Je peux dormir même si je sais que je ne me réveillerai pas. Ils m'ont trouvé. Trop tard ! Quatre jours j'ai tenu quatre jours pour rien.
Je me rappelle ce que m'avait dit le curé au catéchisme : tu n'es que poussière et tu retourneras à la poussière !

Posté par seuleseulesseule à 13:41 - roman - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

poussière

Poussière tu es, poussière tu redeviendras !
Cette phrase me trotte dans la tête depuis que Madame Schmitt l'a 
dite. Je regarde mes mains, j'en pince la peau, aïe ! Loin d'être en 
poussière. Et puis je ne veux pas retomber en poussière.
Le soleil de printemps n'est pas assez chaud pour m'empêcher de 
relever d'avantage le col de mon manteau. J'ai froid aux jambes. 
J'envie mes grand frères avec leurs pantalons. La troupe des garçons 
passe à côté de moi en courant. J'ai envie de les suivre, cela me 
réchaufferait mais je sais où ils vont, se taper dessus avec ceux 
d'en face. Justement en voilà une de ceux d'en face : ils sortent du 
temple.
- Marie-Flore attends-moi !
- Hello Cath, je viens de voir passer ton frère et Robert. Ils sont 
débiles ces garçons, aujourd'hui ils vont se battre et demain dans la 
cour ils joueront ensemble. Tu as fait ton problème de maths ? Moi je 
n'y arrive pas.
- Non pas encore, sûrement après mon cours de danse.
- Ouais tu parles tu vas lui demander de te le faire, c'est ça ?
Je la regarde en prenant l'air le plus outré possible. Bon c'est vrai 
que j'y ai pensé mais je ne l'avouerai pas à cette pimbêche qui est 
parmi les premières de la classe. Je hausse les épaules.
- ça sert à quoi les maths puisque nous ne sommes que poussière et 
que nous redeviendrons poussière.
Marie-Flore éclate de rire.
- A en compter les grains, à occuper ceux qui s'ennuient. Je ne sais 
pas moi. En tout cas Papa m'a dit qu'il s'en servait tous les jours.
- Normal ton père est banquier mais ce ne sont pas des grains de 
poussière qu'il compte, il n'y en a pas dans son gros coffre. A 
chaque fois que j'accompagne maman j'ai peur de rester enfermée 
dedans. Au fait, tu sais comment Maman elle l'appelle ton père ?
- Non mais ce ne doit pas être pire que les noms que lui donne la 
mienne.
- Oh! Raconte ! Ils se sont encore disputés ? Les miens ils 
s'entendent trop bien, ce n'est que des chéris, des ma poulette, mon 
roudoudou, etc... Ils me donnent envie de vomir.
Marie-Flore se penche sur mon épaule et me raconte la dernière 
dispute de ses parents. J'apprends au passage du vocabulaire interdit 
à la maison. Chouette je m'en servirai contre mes frères !
A la hauteur de la rue des tanneurs nous nous séparons, après avoir 
récupéré chacune notre frangin.
Théo rechigne puis finalement disparaît en compagnie de Hugo son 
meilleur copain. Les derniers combattants se séparent en se donnant 
rendez-vous pour le lendemain. Robert vient vers moi.
- Ah ! tu es propre maintenant. Le gamin se secoue, tape sur les 
jambes de son short long, frotte ensuite ses mains contre son pull. 
Il affiche un air ravi. Décidément je ne les comprendrai jamais. Tu 
vas te faire gronder. Arrête de bouger que je t'essuie le visage. Tu 
as vu tes genoux.
- Bah un peu de poussière n'a jamais tué personne !
- Ne me parle pas de poussière aujourd'hui !
Il se met à rire et à chanter : poussière ! Poussière ! Poussière ! 
Je hausse les épaules et reprends ma route, il m'énerve, il est 
infernal. Il finit par se taire et vient mettre sa petite main dans 
la mienne.
- Tu es fâchée ?
- Oui !
- Oh ! Pardon !
- Tu parles ! Dans cinq minutes tu vas recommencer. Ses yeux brillent 
mais il ne chante plus.
- Tu veux que je te dise comment on dit poussière en anglais ?
-Non !
- Tu sais, moi j'aime bien quand il y a de la poussière quelque part, 
on peut dessiner dessus. Et puis sans poussière, il n'y aurait pas de 
terre, pas de plantes, pas de vie. Nous venons sûrement d'un peu de 
poussière stellaire qui...
Je l'écoute m'exposer encore une de ses théories fumeuses qu'il a lue 
dans un de ses livres. Il m'épuise. Il ne peut pas être comme tous 
les garçons de la Terre ? Pourtant même s'il est unique, il est 
strictement comme les autres, la preuve, il passe son temps à se 
battre quand il ne bouquine pas. Lui aussi redeviendra poussière. Et 
là, je ne sais pas pourquoi je me mets à pleurer. Je suis secouée de 
gros sanglots. Il se tait, me regarde sans comprendre. Nous sommes 
devant la boulangerie, maman nous a vus, elle sort, se précipite vers 
nous.
- Que lui as-tu encore fait méchant garçon ?
- Rien, il ne m'a rien fait. Je m'enfuis en courant vers la maison, 
m'arrête et me retourne vers eux. Dans leurs regards 
l'incompréhension. Je leur crie : Je ne veux pas que vous redeveniez 
poussière !

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 10:43 - roman - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

19 avril 2010

Papé le Yak 3

Le chaud soleil de juillet réchauffait ma vieille carcasse. Une famille de chats sauvages depuis quelques années faisait revivre mon vieux moteur par leurs doux ronronnements.

Je rêvais à mon ami qui m'avait abandonné là, fauché lui-même alors qu'il sortait à peine de l'enfance. Enfance qui au tout début de ma retraite venait souvent encore me hanter et me faisait revivre mon glorieux passé à travers ses jeux, puis d'hivers en hivers, les ronces possessivement exclusives, petit à petit m'avaient coupé du monde m'enfermant dans une bulle végétale où je pouvais me laisser aller sans craindre les regards critiques ou condescendants.

Cela faisait plusieurs jours que je les avais entendus arriver avec leurs grosses bottes et leurs bruyantes machines. Les animaux avaient fuit, je m'ennuyais, mon coeur se sentait seul sans leurs douces caresses et leur tendre et chaude présence.

Les épines des ronces crièrent en griffant la tôle emportant dans son ultime résistance contre sa dépossession le peu de peinture qui me restait.

- C'est bien lui, c'est bien celui de grand-père, regardez son immatriculation.

Les mains chaudes de l'humain glissant le long de mes flancs m'en rappelèrent d'autres trente ans plus tôt qui avant chaque départ m'inspectaient et me cajolaient. La voix plus douce avait les mêmes intonations chantantes si différentes de celles d'ici plus rauques. Ah ! que j'aurais voulu pouvoir lui répondre comme je répondais alors à mon jeune ami, en faisant chanter mon moteur.

- On finit de le dégager et on l'embarque. Tu verras mon vieux, je vais te rendre ta jeunesse et je suis sûre qu'on s'entendra bien toi et moi !

Lorsqu'elle s'adressait aux autres, sa voix changeait, moins douce, plus autoritaire.

Ils me passèrent des sangles sous le ventre, me soulevèrent pour me placer sur un énorme camion et le long voyage caché sous une bâche commença.

Plusieurs fois, des hommes curieux me découvraient et à chaque fois c'était le même ton admiratif qui me remplissait de bonheur.

Ma solitude avait pris fin, j'allais à nouveau exister, j'attendais maintenant que le drôle de petit bout d'homme avec sa  voix douce et aiguë tienne sa parole.

Et elle la tint !

Arrivé à destination, je fus débarqué et rentré dans un immense hangar où plusieurs de mes congénères se tenaient déjà. Ils étaient de races totalement inconnues pour moi, la plupart hauts perchés avec de longs nez et des airs d'oiseaux de proie, sauf un petit blanc qui me fit penser à un oiseau exotique avec sa double queue en V, ce fut lui d'ailleurs qui m'accueillit le plus chaleureusement.

Les humains se mirent alors en devoir de me désosser, de me nettoyer. Je découvris que l'humain qui m'appelait Papé, était une des femelles de leur espèce. Mais contrairement à celles qui venaient de temps en temps rejoindre mon ami disparu et s'étreindre avec lui à l'abri de mon aile, elle s'assit dans mon habitacle dès qu'ils eurent changé mon siège.

Puis ce fut le grand jour où, assise en mon sein , elle appuya sur le petit bouton et me rendit ma voix. Mon cri, mon feulement rauque et grave d'animal prisonnier ne demandant qu'à retourner là où il pourrait jouer à saute mouton avec les nuages. Autour de nous, les autres humains applaudissaient à tout rompre et elle se mit à pleurer. J'aurais voulu qu'elle ferme mon habitacle, pour je puisse la consoler en l'entourant comme une mère son enfant, mais ils n'avaient pas encore remplacé ma verrière envolée.

Un après-midi, ils me sortirent à l'extérieur du hangar. Plus d'un an avait passé. Ils m'avaient rendu ma splendeur d'antan, repeint mes ailes, dessiné sur mon nez les colimaçons noirs et blancs, mes belles cocardes bleues banches et rouges dont mon  jeune pilote étaient si fier, elles lui rappelaient son lointain pays.

- Allez Papé, montre-moi ce que tu sais faire !

Alors avec un plaisir commun, nous décollâmes. Elle avait les mains aussi légères et sûres que lui. Le Papé que j'étais, se sentit redevenu le jeune Yak à peine sorti des chaînes soviétiques confié à un fougueux jeune lieutenant français pour combattre les avions allemands.

Sa fille m'avait rendu une nouvelle jeunesse et pour cela dorénavant je lui vouais comme à son grand-père un amour et une dévotion sans faille.

Posté par seuleseulesseule à 20:28 - nouvelles - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

06 avril 2010

multicolore

Elle est bleue
dans le reflet de mes yeux.

Elle est rouge
quand elle bouge.

Elle est noire
quand elle vient de Côte d'Ivoire

Elle est marron
Au son du clairon.

Elle est grise
quand elle pique sa crise.

Elle est beige
quand il neige.

Elle est violette
ma petite marionnette.

Elle est orange
quand elle dérange.

Elle est multicolore
et c'est comme ça que je l'adore!

Ln des Landes

Posté par seuleseulesseule à 19:55 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

05 avril 2010

rouge

ROUGE.

Rouge comme ses premiers souliers vernis
Rouge comme le rouge à lèvre de Maman
Rouge comme la culotte qui fait d'elle une femme
Rouge comme ses joues sous le regard des garçons
Rouge comme la joue de celui dont la main s'est égarée
Rouge comme le premier plaisir turgerscent
Rouge comme comme les gouttes de sang sur les draps
Rouge comme les cicatrices laissées par les amours d'adolescents
Rouge comme le premiers cris des enfants
Rouge comme les yeux d'une mère qui voit partir son enfant

Et Rouge les yeux de ceux qui l'aiment et qu'elle quitte.

Ln

Posté par seuleseulesseule à 21:48 - poemes - Commentaires [0] - Rétroliens [0]